Le Mâconnais : La Bourgogne Côté Sud

Le mot Bourgogne est à lui seul chargé des sens les plus flatteurs. Et quand il prend les accents du sud, c'est du soleil, des paysages, des saveurs et de la bonne humeur du Mâconnais qu'il se nourrit.

Qu'elle soit autoroute ou nationale, la « 6 » ressemble à la route du bonheur. Sur l'axe du fameux « PLM » (Paris-Lyon-Marseille), le Mâconnais est en effet une étape à déguster au rythme de ses propres envies, sans modération tant l'histoire et le terroir font ici un mélange détonnant qui ne supporte pas la médiocrité. Sans perdre de temps non plus. Cette miraculeuse destination n'est-elle pas, après tout, à seulement 1h35 de Paris via le TGV ?

Ainsi, pour bien apprécier le dépaysement, rien ne vaut une première pause-café sur la belle place aux Herbes de Mâcon à l'ombre de la célèbre Maison de bois. Le côté sud évoqué plus haut transpire dans les façades des immeubles et s'affiche sur les terrasses du bord de Saône. On aurait pu croire aussi qu'une ville préfecture comme celle-là ne serait qu'un refuge pour les employés de l'administration. C'est aller un peu vite en besogne. Les ponts, dont le beau Saint-Laurent, enjambent majestueusement la large mais si paisible Saône. Ils font lorgner sur d'autres paysages. Ils rappellent que le lien avec la Bresse est constant.

A table, on ne sera donc pas privé de la plus noble des volailles, le célébrissime poulet à pattes bleues. Pas plus qu'on ne manquera de poissons, de sandres, de brochets… voire de silures. Pour le plat de résistance, la région offre suffisamment de terrain d'expression à la race voisine charolaise pour que les assiettes locales en soient garnies. Côté fromages, le « chèvre » a décroché le pompon, une AOC en bonne et due forme. La fine gaufrette mâconnaise, qui a sa propre confrérie, est la conclusion désignée de ce parcours gourmand traditionnel. Mais d'une manière générale, bien plus que toute autre, cette région viticole a su élever l'art de la gastronomie à son meilleur niveau tout en veillant à rester très accessible.

Et si au chardonnay et au pinot des vignobles régionaux, on préfère la minéralité d'un gamay, ce genre d'infidélité autorisée est à portée de verre. A Mâcon, démarre aussi la route des vins du Mâconnais-Beaujolais. D'une manière générale, cette base arrière des doux plaisirs de la vie, est le point de départ de bien des excursions qui marquent à jamais la mémoire de l'épicurien.

L'une d'elles se nomme Solutré. Visible depuis l'autoroute, un impressionnant escarpement calcaire donne le tournis à l'histoire. Longtemps médiatisée par les rituelles ascensions de François Mitterrand, la roche, majestueuse et classée, renvoie à la nuit des temps, aux arcanes de la préhistoire que les fouilles de Testot-Ferrot on remis au jour. La légende, mais ça n'est qu'une légende, dit que les hommes des grottes précipitaient les chevaux du haut de ses 492 mètres. A son pied, aujourd'hui, un grand musée rétablit intelligemment les points de vérité sur ce genre de fantasmes.

C'est dans ce paysage hors normes que naît aussi l'un des plus beaux vins de la Bourgogne. Le pouilly-fuissé, promis à un destin de premier cru, plus au nord le Viré Clessé, et les 28 délicats Macon village sont à ce point intégré à leur environnement qu'on finit par prendre conscience que certains paysages façonnés par l'homme sont encore plus admirables que les autres.
Il en est de même pour tout le Mâconnais. Le vignoble colore cette succession de tableaux avec une redoutable efficacité. Avec l'avantage, sur le peintre, qu'il change de tons d'une saison à une autre, donnant encore plus d'éclairages et de magnificence aux innombrables églises romanes, plantées ici et là comme pour souligner la spiritualité induite d'un tel terroir.

La liste des édifices qui méritent le détour est un inventaire à la Prévert, ou plutôt à la Lamartine, qu'il convient d'étudier avec le plus grand sérieux. Pierreclos et son château, Berzé-la-ville et sa chapelle aux moines de Cluny, les grottes d'Azé et de Blanot … chaque site, chaque lieu est une histoire dans l'histoire, une émotion de plus. Les « plages » du Mâconnais sont recouvertes de curieux intelligents qui, à vélo ou en voiture, donnent une vraie matière de plaisirs et de connaissances à leur séjour.

Dans le Mâconnais, les voyages se font autant avec le nez, la bouche, les yeux qu'avec les pieds. Ils ont les arômes d'un Viré ou d'un Igé. Ils ont en eux la sagesse des bâtisseurs d'églises romanes et la spontanéité d'un terroir gai et accueillant. Ils sont plaisants et enrichissants. Ils donnent l'envie de revenir. Mieux qu'une étape, un point de séjour pour vivre une formidable expérience de ressourcement.